C’est bien connu : l’enseignement mène à tout, non seulement dans les livres mais aussi sur scène. Arnaud Le Gouëfflec ne dira pas le contraire, lui qui, depuis des années, oscille entre musique, littérature et bande dessinée, façonnant, au fil des œuvres, un univers qui ne ressemble à aucun autre.

Véritable touche-à-tout, Arnaud Le Gouëfflec est aujourd’hui devenu l’une des figures incontournables du paysage culturel breton et hexagonal. Impossible en effet d’ignorer cet artiste aux multiples facettes qui, depuis plus de trois décennies, exerce ses talents aussi bien dans les livres que sur scène, multipliant, avec gourmandise, les rencontres et les collaborations.

Son appétence pour les arts est, de l’aveu même de l’intéressé, née dès l’enfance, période durant laquelle il a fait de l’imaginaire son refuge. “J’ai eu envie d’inventer des histoires très jeune, explique-t-il. D’abord à cause de celles que ma mère me racontait, ensuite en raison de lectures contagieuses. Quand je lisais un livre, ou une BD qui me captivait, je voulais moi aussi m’y coller. Dès que j’ai eu accès à une machine à écrire, vers 11-12 ans, j’ai commencé à inventer des romans de science-fiction. J’ai eu une révélation en voyant Belmondo dans Le Magnifique : ce type en robe de chambre, rivé à sa machine à écrire, qui travaille sans répit pour des éditeurs et doit toujours trouver des ressources de sa propre imagination, tandis qu’il pleut dehors et que son compte en banque est à sec, ça me semblait un parfait aboutissement professionnel. C’est exactement ce métier-là que je voulais faire. Mais j’ai vite compris que ce n’était pas, dans l’organigramme de l’orientation scolaire, un projet très accepté, ni même répertorié…”

Contraint de se rendre à l’évidence, Arnaud Le Gouëfflec, bon élève, suit donc un parcours quelque peu académique et, après son bac, décide de s’orienter vers l’enseignement. J’ai passé le CAPES en 1995 et commencé à travailler en septembre de la même année, ce qui m’a aussi poussé à travailler sérieusement sur mes projets artistiques.”

Il fonde ainsi le groupe Le Petit Fossoyeur, ce même mois de septembre. “Au départ, c’était un duo, Tanguy Arzel au chant et moi, à la guitare, à l’écriture et composition des chansons. On a commencé à jouer partout où l’on pouvait. On avait notre QG à la Taverne, à Portsall, dont le patron nous a offert notre premier micro. Il y a eu plusieurs musiciens de passage. On est vite passés à trois, avec Erwan Mazé à l’autre guitare, puis quatre, avec l’arrivée de Laurent Pierrot à la batterie, puis on s’est stabilisés à cinq avec Dédé Martin à la basse. C’est Dédé qui nous a présentés à Guillaume Jouan, qui avait été le second de Miossec sur ses trois premiers albums.” Ils enregistrent un premier deux titres au studio Amadeus, à Brest, sous la houlette de Patrick Audouin. “À partir de là, grâce à Jo Bernard de Régie Scène, on a joué partout dans le Finistère, parfois au-delà, tous les week-ends.” Puis les choses se sont enchaînées. “On a fait des premières parties de Miossec, Louise Attaque, Zebda, Pierpoljak… Notre réputation tenait à nos chansons, mais aussi aux exubérances scéniques de Tanguy, souvent très drôle et provocateur.”

La suite dans le numéro 270 d’ArMen (janvier-février 2026)

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