Créée il y a peu, la fondation Ar Seiz Avel entend promouvoir la création artistique de Bretagne, tout en encourageant les échanges avec les pays celtiques.

Depuis quelques années, de nombreuses initiatives fleurissent pour donner un coup de projecteur sur la création en Bretagne, c’est notamment le cas du collectif Pervarzek, mais également d’une toute nouvelle fondation, Ar Seiz Avel, née dans le milieu des commissaires-priseurs de Bretagne. Le nom de Ar Seiz Avel, les “sept vents” ou les “sept souffles”, est une référence aux Seiz Breur, les “sept frères”, mouvement artistique lancé par Jeanne Malivel et René-Yves Creston dans l’entre-deux-guerres, afin de dépoussiérer un art breton qui se folklorisait alors.

Créée il y a peu, la fondation Ar Seiz Avel entend promouvoir la création artistique de Bretagne, tout en encourageant les échanges avec les pays celtiques.

En 2023, ces commissaires-priseurs ont donc organisé une grande vente aux enchères autour d’œuvres des Seiz Breur pour le centenaire du mouvement. Au mois de juillet, l’exposition au Parlement de Bretagne, à Rennes, a drainé les foules. “Nous avons eu 4 500 visiteurs lors de la vente, explique Carole Jézéquel, commissaire-priseur et dirigeante de Rennes Enchères et cheville ouvrière de l’événement. Cela nous a portés. En comparaison, normalement, vous ne réunissez qu’une centaine de personnes pour une vente. Cela a permis à beaucoup de gens de redécouvrir l’héritage des Seiz Breur. Certains ne connaissaient absolument pas ce mouvement, ni le fait qu’on pouvait allier tradition et création artistique avec la matière de Bretagne. Grâce au numérique, il y a eu des acheteurs venus du monde entier. Il est important de dire que la Bretagne est connue et reconnue à l’international.”

Et la création aujourd’hui ?

Au vu de cet engouement pour les Seiz Breur, Carole Jézéquel et d’autres se posent la question : qu’en est-il aujourd’hui de la création en Bretagne ? Qui sont les artistes Seiz Breur de ce début de XXIe siècle ? “Je me suis rendu compte que c’était un milieu très éclaté, avec beaucoup de talents, avec des gens nés en Bretagne ou venus ici du monde entier.”

La commissaire-priseur comprend que le premier problème est de fédérer les artistes entre eux. “Les créateurs ont besoin de soutien. Ce n’est pas facile de vivre de cette activité.” C’est de ce constat qu’est né le projet de fondation Ar Seiz Avel, sept souffles pour la création, mais également pour différents supports : la terre, le bois, le verre, le métal, le numérique ou la musique… “Nous voulons réunir tout ce qui se fait, des arts appliqués, à la sculpture ou l’architecture.”

En juillet 2024, Ar Seiz Avel a donc organisé une première vente des œuvres de 55 créateurs, à nouveau dans la magnifique et prestigieuse salle des Pas-Perdus du Parlement de Bretagne. “Cela nous a demandé neuf mois de travail très intenses. Nous avons sélectionné les artistes sur quelques critères, comme être en Bretagne, être inspiré par elle ou par les mondes celtiques, mais également l’écoconception, c’est-à-dire une certaine attention à l’utilisation de matériaux locaux. C’était nouveau de passer par une salle de ventes aux enchères pour un certain nombre des participants. Il a fallu convaincre.”

Ce premier acte est une nouvelle réussite qui a incité les membres de Ar Seiz Avel à persévérer. “Nous avons comme projet des résidences d’artistes, des bourses de création, mais également de trouver des mécènes. C’est pour cela que nous avons privilégié la création d’une fondation d’intérêt général.” Les donateurs peuvent, en effet, défiscaliser une partie de leurs fonds. “Ce que nous privilégions, c’est le temps long et la fondation permet de se donner des moyens. Elle est d’ailleurs accompagnée par la Fondation de France. On ne devient pas créateur en quelques jours, c’est un long cheminement que nous nous proposons d’accompagner.”

Une démarche qui a séduit Michkati Madi, une plasticienne établie en Bretagne depuis 2016 et originaire des Comores. “Je n’avais pas imaginé que quelque chose comme ça puisse se mettre en place, lance-t-elle, enthousiaste. Grâce à Ar Seiz Avel, je me retrouve dans tout un écosystème artistique qui m’ouvre de nombreux horizons. Cela m’a également offert un espace pour exposer mes œuvres, tout en créant et en dialoguant avec des spécialistes.” Elle compose ses créations avec différents pigments issus de minéraux provenant du sol. “J’ai pu rencontrer un géologue pour discuter avec lui.” L’artiste, qui travaille aussi avec le groupe de BTP Pigeon, basé en Ille-et-Vilaine, explique que Ar Seiz Avel lui a permis de se faire connaître en Bretagne et au-delà. “Avant, je me contentais d’aller dans les écoles. Ici, on est dans une autre dimension. Cela ouvre des portes !”

La suite dans le numéro 270 d’ArMen (janvier-février 2026)

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